La Journée du guichet (25 septembre 1609)

La soeur d’Antoine Arnauld (le Grand Arnauld) et d’Arnaud d’Andilly, est, en cette année 1608, abbesse de Port-Royal-des-Champs depuis trois années, et n’est âgée que de dix-sept ans. Elle se nomme en religion Angélique Arnauld, mais elle est entrée en religion sans vocation, par ordre de ses parents.

Aux environs de la fête de l’Annonciation de 1608 (25 mars), un capucin de passage, le Père Basile, prêche à Port-Royal sur l’Incarnation du Fils de Dieu et son humiliation. Le sermon provoque une réflexion profonde sur la Mère Angélique. Elle changera ses habits et sa manière de vivre; les religieuses devront abandonner toute propriété personnelle. Les parents d’Angélique se moquent de sa ferveur, qui n’est selon eux qu’une toquade d’adolescente, et s’opposent à sa réforme. Elle n’en démord pas, et tente d’attirer à elle sa soeur Jeanne. La crise éclate le 25 septembre 1609, date qu’on connaît sous le nom de « Journée du Guichet »: ce jour-là, elle rétablit la clôture et empêche ses propres parents d’y pénétrer. C’est la rupture entre la jeune abbesse et sa famille.

La matinée, qui commence avec l’office de matines, à deux heures du matin, se déroule comme à l’accoutumée. A la mi-journée, le carrosse des Arnauld, venus rendre visite à leur fille, est annoncé. Y ont pris place, entre autres, les parents Arnauld et Robert, le fils aîné. Angélique refuse l’ouverture des portes. Antoine Arnauld s’emporte; son fils Robert intervient à son tour:

« Il commença à le prendre d’un ton encore plus haut, et à dire ce que les autres ne disaient pas et ce que la passion peut suggérer dans ces rencontres à un fils qui croit agir avec d’autant plus de justice qu’il ne venge pas sa propre injure, mais celle d’un père offensé, en apparence, par sa propre fille. Après l’avoir appelé un monstre d’ingratitude, et une parricide qui répondrait devant Dieu de la mort de son père, qu’elle ferait mourir de regret d’avoir élevé avec tant d’amour une fille qui le traitait de la sorte, il commença à s’en prendre aux religieuses, à les appeler, à les conjurer de ne pas souffrir de permettre qu’une personne à qui elles avaient tant d’obligation souffrît cet affront chez elles. Il chercha ensuite l’appui de sa soeur Agnès qu’Angélique avait laissé sortir. Mais elle aussi rappela à son frère les recommandations du Concile de Trente. Sur quoi il s’écria: ‘Oh, vraiment, nous en tenons! En voilà encore une qui se mêle de nous alléguer les canons et les conciles! »[[Sainte-Beuve, Port-Royal.]]

Puis les événements se précipitent: Angélique s’évanouit; d’Andilly parvient «de son timbre suraigu» à prévenir les religieuses, puis, peu à peu, les esprits se calmèrent. La réconciliation, sincère, laissera des traces, au point que Mme Arnauld sera plus de dix mois sans retourner à Port-Royal. Mais bientôt toute la famille sera convaincue du bien-fondé de la réforme, et, quelques années plus tard, Port-Royal trouvera en d’Andilly l’un de ses défenseurs les plus fervents et les plus efficaces.

Source: Dictionnaire de Port-Royal, article «Robert Arnauld d’Andilly»