Portrait de Mère Angélique

Champaigne portraitura à plusieurs reprises les Messieurs et les religieuses, malgré la répugnance des jansénistes pour la vanité des portraits: « Je ne puis vous pardonner le vain désir que vous avez d’avoir mon portrait », disait Mère Angélique.

S’il ne fut en rien un peintre janséniste (le mot n’a d’ailleurs pas grand-sens), il n’en reste pas moins que Champaigne a su exprimer dans ses toiles l’essence même de la spiritualité de Port-Royal: dans son portrait de Mère Angélique en buste, par exemple (1648, Musée national du Château de Versailles), Champaigne élimine tout élément narratif et présente son modèle en état de repos, de façon à dégager sa véritable nature. « Ce n’est pas la représentation de l’instant qui intéresse le peintre, mais celle de la permanence de l’être » (S. Lely). Ce qui frappe d’emblée dans le portrait de la Mère Angélique, c’est l’austérité du costume monastique qui enferme le corps comme une clôture, redoublée par le parapet de pierre, l’austérité aussi de la gamme chromatique, limitée au blanc, gris et noir que réchauffe seulement le rouge de la croix du scapulaire. Toute l’attention se concentre sur le visage, dont les caractéristiques sont restituées sans aucune flatterie, et sur le regard direct, qui semble scruter le spectateur avec acuité mais sans dureté.