Vertus, Mademoiselle de (1617-1692)

Mademoiselle de Vertus est l’une des grandes figures de Port-Royal. Catherine de Vertus est la fille de Claude d’Avaugour, comte de Vertus, premier baron de Bretagne, mort en 1637, et de Catherine Fouquet de La Varenne, morte en 1670. Catherine a un frère, Louis de Bretagne, qui sera marquis d’Avaugour, comte de Vertus, et plusieurs sœurs : Marie, qui devient Mme de Montbazon, Constance-Françoise, demoiselle de Clisson, morte en 1695, Angélique-Marguerite, demoiselle de Chantocé, morte en 1694, Anne, demoiselle de Goello, morte en 1707, ainsi que trois religieuses : Philippe-Françoise, abbesse de Nidoiseau, Madeleine et Marie-Claire, coadjutrice de Nidoiseau, puis abbesse de Malnoue, morte en 1711. « Cette Mademoiselle de Vertus [Catherine] a du mérite et sait le latin », écrit Tallemant des Réaux (Historiettes, éd. A. Adam-G. Delassault, Paris, Pléiade, 1970, t. II, p. 213).
Catherine passe sa jeunesse dans une abbaye de religieuses bénédictines, avant d’être introduite à la Cour par sa sœur, la fameuse duchesse de Montbazon. Elle fréquente le grand monde, demeure chez la comtesse de Soissons, puis, à partir de 1650, dans la maison de la duchesse de Rohan, Place Royale. Par Antoine Singlin, supérieur des religieuses de Port-Royal, qu’elle a pris comme confesseur, elle fait, en 1654, la connaissance de la duchesse de Longueville, dont elle devient la dame de compagnie et l’amie très fidèle. Catherine de Vertus entretient des relations d’amitié avec certains proches de Port-Royal, comme le théologien Claude Taignier, docteur du collège de Navarre, et Charles Maignart de Bernières. Elle fréquente la marquise de Sablé et son salon, installé dans le monastère du faubourg Saint-Jacques, et se lie avec plusieurs moniales. Après la mort de Singlin, elle prend pour confesseur, ainsi que la duchesse de Longueville, Louis-Isaac Le Maistre de Sacy, dont elle déplore l’emprisonnement à la Bastille entre mai 1666 et la fin d’octobre 1668, et dont elle prend alors un soin particulier. Pendant les négociations secrètes qui se tiennent à l’hôtel de Longueville en 1668, Catherine de Vertus fait preuve d’une intelligence et d’une perspicacité qui forcent le respect de ses proches. Dès le 9 avril 1669, le monastère des Champs, réconcilié depuis peu avec les autorités ecclésiastiques et royales, reçoit sa visite, suivie de nombreuses retraites. Dès février 1670, elle y vit retirée, se séparant de manière définitive de la duchesse de Longueville : elle s’est fait construire une petite maison à côté de l’hôtel de son amie. Le 11 novembre 1674, Catherine reçoit le titre de bienfaitrice du monastère, qui l’admet dans ses rangs : elle sera vêtue du petit habit blanc des novices, sans jamais devenir religieuse. Elle le portera jusqu’à sa mort, pratiquant la règle cistercienne avec une piété exemplaire et supportant les pires infirmités pendant les quinze dernières années. Catherine de Vertus meurt le 21 novembre 1692, soignée par Denis Dodart, son exécuteur testamentaire : son corps est inhumé dans le cimetière des moniales et son cœur est confié à l’abbaye de sa sœur à Malnoue, où, en 1711, ses restes seront portés après la destruction des Champs.

Racine écrira son épitaphe :

Ici repose Catherine-Françoise de Bretagne, demoiselle de Vertus. Elle passa sa plus tendre jeunesse dans le désir de se donner à Dieu, pratiquant dès lors avec un goût particulier la règle de saint Benoît dans un monastère […]. Elle se retira dans cette maison, dont elle embrassa toutes les pratiques, et où ses violentes maladies, qui l’attachèrent au lit pendant les onze dernières années de sa vie, l’empêchèrent seules de faire profession. Mais elles n’empêchèrent pas sa régularité à réciter tous les jours l’office aux mêmes heures de la communauté, son attention aux nécessités du prochain, sa charité pour toutes les sœurs, et surtout son attention à Dieu dans une adoration perpétuelle au milieu de tous ses maux, qu’elle souffrit avec une extrême humilité et avec une patience incroyable. Enfin, âgée de soixante-quatorze ans, après avoir laissé ce qui lui restait de bien aux pauvres et vécu pauvre elle-même, elle rendit son âme à Dieu, munie de tous les sacrements des mourants, au milieu de toutes les sœurs.

Jean Lesaulnier